Projet Accompagnement Solidarité Colombie

PACIFIC RUBIALES, principale pétrolière privée de Colombie, bénéficie du financement du gouvernement canadien malgré les accusations qui pèsent contre elle

26 Juillet 2014

Dans un communiqué du 23 juillet 2014, Exportation et développement Canada annonce l'octroi d'un financement de 48,5 millions de dollars (USD  « afin d’aider les PME canadiennes à s’implanter en Amérique centrale ».1

Pacific Rubiales : toute une PME canadienne !

Pacific Rubiales Energy (PRE) compte 2172 employé-e-s selon le rapport 2012 de l'entreprise : quelques dizaines à peine au Canada, mais c'est sans compter les plus de 10 000 travailleurs employés par plusieurs centaines d'agences de sous-traitance. Avec des revenus de 3,9 milliards en 2012, PRE n'est pas une PME, mais bien une multinationale d'envergure qui profite du paradis juridique et fiscal qu'est le Canada pour l'industrie extractive.

Pacific Rubiales est né à l’initiative de deux Vénézueliens (impliqués dans la tentative de coup d'État de 2002) qui faisaient partie de la direction de l'entreprise nationale vénézuelienne PDVSA. De fait, jusqu'à 10 des 12 directeurs de l'entreprise proviennent de PDVSA. C'est avec l'appui du millionnaire canadien Frank Giustra et de l'homme d'affaires Serafino Iacono qu'ils travailleront à la création de l'empire Blue Pacific qui possède plusieurs entreprises extractives d'envergure en plus de méga projets d'infrastructure comme le port de Cartagena. Une entreprise très canadienne donc, son assemblée annuelle 2014 a d’ailleurs eut lieu au Panama plutôt qu'à Toronto.

En plus de ne pas se qualifier comme PME canadienne, Pacific Rubiales Energy est loin d'avoir une bonne réputation. Un comité parlementaire colombien exige d'ailleurs le non renouvellement de ses contrats d'exploitation dans le département du Méta en Colombie. Droits du travail, environnement, droits autochtones, les allégations ne manquent pas. Depuis mai 2013, un des multiples visages de Pacific Rubiales en Colombie, Meta Petroleum, et les dirigeants de PRE sont accusés de violations au droits d'association et de complot.

Droits du travail :
En 2011, afin de sortir d'un conflit de travail provoqué par des conditions de travail inacceptables (contrat de 28 jours, mauvaises conditions sanitaires, de salaire, de santé, etc.), l'entreprise a implanté un syndicat patronal en imposant l’affiliation à celui-ci afin de se défaire du syndicat pétrolier colombien, la USO.

Droits autochtones :
En 2011, une sentence de la Cour constitutionnelle colombienne (T-693/11) rappelle que le principe de consultation préliminaire des peuples autochtones n'a pas été respecté et condamne Meta Petroleum / Pacific Rubiales à payer un dédommagement de près de 2 millions de dollars américains à la communauté Achagua pour dommages sociaux, environnementaux et culturels. Il ne s'agit que d'un des cas de non respect des droits autochtones.

Conflits sociaux-environnementaux :
Un comité citoyen s'est mobilisé devant l'édifice de Pacific Rubiales à Bogota en mai 2014 exigeant que les autorités colombiennes révisent l'ensemble des licences environnementales de l’entreprise. Sécheresse provoquée par les explorations sismiques qui endommagent les nappes phréatiques, contamination des cours d'eau, épandage d'eau contaminée, les accusations sont nombreuses. Sur le plan social, Pacific Rubiales est seigneur de cette zone pétrolière du sud de la Colombie où règne le non-droit. On peut y observer des faits troublants comme une ex-fonctionnaire de la pétrolière, maintenant employée par l'entité gouvernementale responsable du contrôle des titres de propriété, qui procède à l'expulsion de centaines de familles au bénéfice de l'entreprise.

Criminalisation :
Les plaintes de la communauté n'aboutissent pas, tandis que celles de l'entreprise ont déjà mené à l'emprisonnement en attente de procès de plusieurs membres de la communauté et du syndicat de l'USO. Trois syndicalistes sont par exemple accusés de prise d'otage sur les 9000 employés présents dans le champ pétrolier pour avoir participé à une ligne de piquetage lors d'une journée de grève en 2011. Il font face à une peine de prison de 40 ans, pour un chef d’accusation qui ne devrait pas dépasser la simple obstruction.  

Conflit armé :
En mai 2014, les habitants de la région ont observé l'arrivé de 700 hommes armés et la mobilisation de troupes paramilitaires. Dans une région pétrolière, c'est rarement une coïncidence, au dire des experts. L’Agence nationale de licence environnementale (ANLA) s'est rendue en juillet 2014 sur le terrain en présence de membres de la communauté et d'organismes comme le Projet accompagnement solidarité Colombie afin de vérifier les faits : la caravane a été suivie en permanence par des véhicules sans plaque d'immatriculation, dont les passagers photographiaient des témoins locaux.  En décembre 2012, Milton Rivas, travailleur affilié de la USO, a été assassiné.

Évidemment, rien ne prouve l'implication directe de l'entreprise canadienne. Si ces preuves existent, elles apparaîtront dans quelques années. Mais, en attendant, il est possible d'affirmer que la présence d'une entreprise de cette envergure dans la région attise le conflit social et armé, et provoque la militarisation des territoires – rappelons que plusieurs bataillons militaires colombiens ont pour unique mission dans la région la protection des infrastructures pétrolières.

Et le Canada dans tout ça ?

L’ambassade canadienne – tant la section commerciale que politique – reçoit régulièrement des membres d'ONG et de syndicats qui dénoncent, avec documents à l'appui2, les agissements de l'entreprise canadienne. Si l'ambassade se dit préoccupée de la situation, elle affirme ne rien pouvoir faire pour contraindre Pacific Rubiales à négocier avec les habitants de la région, et pourtant c'est bien le gouvernement canadien qui la finance.

« Le financement précédemment accordé par EDC à PRE avait généré en 2012 de nouvelles activités d’une valeur de 30 M CAD au profit de PME canadiennes », nous annonce EDC. Ce sont donc les contribuables canadiens qui participent à financer les activités de multinationales canadiennes. Il serait minimal que celles-ci puissent être jugées pour leurs actes devant des tribunaux canadiens.

« Pacific Rubiales est un chef de file en Amérique du Sud dont les activités correspondent bien aux domaines d’expertise du Canada », a déclaré Carl Burlock, premier vice-président, Financement et Investissements d’EDC.
C'est bien ce qui nous inquiète Mr Burlock.

 

 

Notes

1. "EDC accorde un financement de 48.5 M USD à la société Pacific Rubiales Energy afin d’aider les PME canadiennes à s’implanter en Amérique centrale"

2. Pour ne donner qu'un exemple, la délégation canadienne de jullet 2013 remettait á l'ambassade son rapport:  "Rapport: Audience contre la pétrolière canadienne Pacific Rubiales Energy"

Auteur: 
PASC

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