Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Grave situation de droits humains dans le cadre de la grève nationale

5 Juin 2016

Selon le Congrès des peuples, il y a 134* personnes détenues dans le département de Santander, 3 morts dans le sud-ouest du pays et une quantité indéterminée ont été blessés par les actions des forces de l'ordre. Dans le département du Tolima, les « Aguilas Negras » (Ndt groupes paramilitaires) ont menacé les organisations sociales de la région.

De nouvelles informations ont été révélées quant à l'assassinat de deux autochtones dans le département du Cauca.  Nous relevons aussi deux cas de fausses-couches provoquées par les attaques de la Police.

Les détentions de Berlín (Departement Santander)

Dans la matinée du 3 juin, les groupes paysans mobilisés sur la route de Bucaramanga à Pamplona ont commencé des blocages outre les actions normales d’une grève générale. 134 personnes ont été détenues pendant la manifestation, elles se trouvent en ce moment même en détentions dans le Bataillon d'infanterie No13 ´Gr. Custodio García Rovira´, où l'armée interdit l'entrée des organismes de droits humains à des fins de vérifications.

Parmi les détenus il y a 15 mineurs qui se trouvent sous la responsabilité des instituions de protection familiale de l’Etat. D'après des sources présentes sur les lieux, “ils n'ont même pas reçu de nourriture ou d’eau. Des étudiants de l'université ont du leur apporter des vivres pendant la nuit.

A l’heure actuelle il y a aussi trois nouveaux blessés avec des contusions après une attaque des forces armées ainsi qu’une personne portée disparue.

Nous avons reçu des menaces du groupe paramilitaire Aguilas Negras en nous disant:  “Mettez fin à vos activités immédiatement”. Dans ce communiqué ce groupe paramilitaire affirme textuellement: “Vous avez l'ordre de cesser immédiatement vos activités. Aucune grève (est acceptée), nous savons où vous vous trouvez, nos militants vous feront tomber un après l’autre“ affirme le message.

Face à cette situation, les organisations des droits humains ont émis une alerte préventive et attendent une réunion avec les institutions locales afin de garantir la vie des personnes participantes dans l’ensemble des mobilisations.

Différentes versions sur la mort d'autochtone

Les informations rendues disponibles par le bureau du médecin légiste dans le cadre de l'investigation des assassinats de deux autochtones jeudi dernier dans le Cauca font état de l’autopsie des corps de Marco Aurelio Díaz, 25 ans et Gersaín Cerón, 29 ans.  

“ils présentent des blessures provoquées par un projectile d'arme à feu, pouvant avoir une charge multiple. Les éléments identifiés permettent d'établir qu'il s'agit de matériaux artisanaux non-conventionnels.”

Sur ces faits, Mauricio Lectamo, coordinateur du Tejido de Defensa de la Vida y los derechos humanos de l'Asociación de Cabildos Indígenas del Norte del Cauca -ACIN-; assure qu'il s'agit “d'une arme non-conventionnelle, mais que l'impact n'a pas été produit par une fronde ou un lance-pierre, il s'agissait d'une arme à feu avec des munitions modifiées. Ce n'est pas la première fois que l'ESMAD (Ndt: police anti émeute) est accusée d'utiliser des armes avec des objets contondants, balles de plomb, verres.  C'est a dire des munitions artisanales.

Les rapports confirment que jeudi passé, lors du blocage de la route Panaméricaine, la police était prête dès la matinée. Elle a laissé sur les lieux deux artefacts de fusil dans la zone ou se trouvait la population. Le premier assassinat a eu lieu à 10h40 et le second à 11h30. La police et l'ESMAD étaient postés ensemble dans la zone surélevée à quelques mètres de la route Panamericaine d'où ils ont lancé des gaz lacrymogènes et des munition de fusil.

Le coup de feu a eu lieu à moins de 20 mètres des victimes d'où le type d'impact ayant provoqué la mort.

Responsables non-identifiés

Pendant que le directeur de la Police, General Jorge Nieto, assure que l'ESMAD n'utilise pas d'armes à feu et n'est pas responsable des décès, le Vice ministre de l'intérieur, Guillermo Rivera, s'engage à respecter et à ne pas criminaliser la Greve.

Le ministre de l'intérieur, Juan Fernando Cristo, a fait appel aux communautés afin qu'elles “cessent les attitudes agressives et violentes”. Cependant les portes paroles du gouvernement ne se sont pas prononcé sur la gravité des évènements de Berlin, et n'ont pas clarifié sa responsabilité dans les assassinats de Marco Aurelio Diaz et Gersain Ceron. Le gouvernement envoie donc un message contradictoire en laissant dans l’incertitude les manifestants qui se trouvent sur les routes.

Selon les déclarations de Sebastián Quiroga, porte-parole du Congreso de los Pueblos: “La Cumbre Agraria a informé le gouvernement, lors d'une réunion avec trois ministres gouvernementaux (d’agriculture, de l'intérieur, du post conflit), de la situation critique de vulnérabilité des droits humains ce qui a laissé jusqu’à présent: plus de 100 blessés, plus de 100 détenus, et trois morts en 6 jours de mobilisation.”

Quiroga manifeste que la Cumbre Agraria demande au gouvernement de tenir parole : “Il s'est engagé à garantir l'exercice de la mobilisation et nous demandons un traitement non-militaire du conflit social et politique, ce qui, pour l’heure, n’est pas du tout le cas”. Le gouvernement ne reconnaît pas la crise humanitaire de la mobilisation, et bien au contraire affirme que « les personnes assassinées, selon le médecin légistes, ont reçu un impact depuis des armes non conventionnelles », ce qui selon le gouvernement exclut l'État d'une quelconque responsabilité.

Selon nous, le rapport du médecin légiste, confirme que la police est impliquée parce qu'il a été prouvé, a plusieurs reprises, que les forces de l'ordre utilisent des armes non conventionnelles, en modifiant leurs munitions, dans les mobilisations sociales”

Finalement, Quiroga rappelle la demande du mouvement social (Cumbre Agraria  y popular ) “Nous exigeons des garanties pour l'exercice de la mobilisations sociale et populaire, ainsi que de reconnaître comme légitime la mobilisation de la Cumbre pour ainsi pouvoir avancer dans la discussion des revendications”

 

*Les personnes détenues ont été libéré dans la nuit du samedi 4 juin.

Auteur: 
Colombia Informa