Projet Accompagnement Solidarité Colombie

ARRÊTONS l'Accord de libre échange Canada-Colombie

21 Novembre 2008


Le Canada ira-t-il de l'avant avec l'accord secret de libre-échange avec la Colombie alors que les paramilitaires réaffirment leur contrôle du pays et que le président colombien attaque publiquement les organisations de défense des droits humains ?

Réalisant un travail d'accompagnement de communautés paysannes illégalement expropriées de leur territoire par la structure paramilitaire de l'État colombien, notre organisme, le Projet Accompagnement Solidarité Colombie, s'est toujours opposé à la négociation d'un accord de libre-échange avec la Colombie, qui aurait pour effet de multiplier les cas de déplacements forcés de la population tels que ceux occasionnés par l'exploitation minière canadienne dans ce pays qui compte déjà 3 millions de réfugiés internes. Maintenant qu'un accord secret de libre-échange a récemment été conclu, nous sommes très préoccupé par l'appui que le Canada donne au gouvernement d'Uribe qui, alors que les paramilitaires réaffirment leur contrôle du territoire, laisse ceux-ci agir en tout impunité pour plutôt s'attaquer publiquement aux organisations nationales et internationales qui réalisent un travail en faveur des droits humains.


La Red de Hermandad y Solidaridad Colombia, un réseau regroupant des organisations colombiennes de défense de droits et 35 organisations d'Europe et d'Amérique, dont le PASC, qui réalisent un travail d'accompagnement international sur le terrain est devenue la cible de l'État et des paramilitaires.

- Le 2 octobre, la recherchiste allemande Christine Friederike Müller, membre de la Redher, est arrêtée, alors qu'elle accompagne des défenseurs de droits humains dans la région de la Valle del Cauca , elle est déportée le jour même.


- Le 6 octobre, une lettre de menaces signée "Aguilas Negras bloque Disidente AUC" est envoyée à la Red de Hermandad y Solidarid con Colombia – RedHer. Les paramilitaires y déclarent objectifs militaires toutes les organisations membres de la RedHer en les énumérant – y figurent notre organisation canadienne, le Projet Accompagnement Solidarité Colombie, et précisent que si ces organisations ne se taisent pas, ils subiront le même sort que les récentes victimes du paramilitarisme. Suit ensuite une liste de 38 personnes membres d'organisations sociales assassinées dans les derniers mois.

- Le 13 octobre, trois journalistes français membres de la RedHer, Damien Fellous, Julien Dubois et Joris Prot sont arrêtés alors qu'ils réalisent un reportage sur la mobilisation des travailleurs de la canne dans la Valle du Cauca. Deux d'entre eux sont déportés le lendemain.


- Le 18 octobre, le président colombien Alvaro Uribe affirme lors d'un discours public télévisé que les journalistes français auraient dû être incarcérés en sol colombien : «Ces messieurs de l'étranger devraient être en prison, nous n'aurions pas dû les déporter, nous aurions dû les déférer devant la justice et les jeter en prison car ils stimulent la violence». Le gouvernement colombien tente par tous les moyens de discréditer le travail fait par les organisations qui dénoncent les violations de droits humains en Colombie : «Ici, en Colombie, ils font l'apologie de délits» et à l'étranger, «ils déforment la vérité», a-t-il encore accusé (propos rapportés par le journal français Le Parisien, AFP, 19 octobre 2008).

Cette vague d'accusation et d'atteintes contre le travail d'accompagnement international survient au moment critique où la présence des paramilitaires se réaffirme en puissance par la multiplication des assassinats extrajudiciaires, des disparitions et des lettres de menaces et que, dans plusieurs régions du pays, les exactions contre les témoins des crimes paramilitaires se multiplient au même rythme que les confrontations armées qui prennent pour cible des populations civiles.

Cette recrudescence de la stratégie d'élimination des opposants est tangible sur le terrain. La Commission Justicia y Paz, avec qui nous réalisons notre travail d'accompagnement auprès des communautés déplacées du Bas Atrato, Choco, a reçu des menaces directes, tous ses accompagnateurs présents sur le terrain ont reçu des menaces de morts sur leur téléphone cellulaire personnel et l'un d'entre eux a été détenu par des paramilitaires. Le 14 octobre, les paramilitaires se sont attaqués à Walberto Hoyos, paysan faisant office de témoin dans plusieurs cas d'attentats paramilitaires impliquant la complicité des autorités policières locales, malgré le fait que la Cour interaméricaine de droits humains ait enjoint le gouvernement colombien à lui offrir des mesures de protection personnelles. Walberto Hoyos avait une escorte armé du D.A.S. pour veiller à sa sécurité, il fût néanmoins assassiné par des éléments paramilitaires, lesquels, nous avons pu le constater, circulent librement dans la région en dépit de la présence massive de l'armée et de la police.

La violence et la répression prennent place dans le contexte des négociations et de l’implantation d’accords de libre-échange entre la Colombie et le Canada, les Etats-Unis et d’autres pays. Le gouvernement canadien et les entreprises canadiennes ont leur responsabilité dans la situation colombienne. En tant que citoyens et citoyennes du Canada, il est troublant de constater que notre gouvernement s’engage et supporte un gouvernement dénoncé au niveau international pour ses violations de droits humains, particulièrement envers les populations autochtones. Il est également révoltant de savoir que des compagnies canadiennes, notamment du secteur minier, investissent en Colombie dans des projets ayant des impacts dévastateurs autant sur le plan environnemental que social.

Nous pressons le gouvernement canadien d’agir auprès du Président Uribe pour mettre un terme à la violence. Nous demandons également au gouvernement Harper de revoir sa position sur un accord de libre-échange avec le gouvernement colombien.

MODÈLE DE LETTRE À VOTRE DÉPUTÉ

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Madame, Monsieur,

Nous vous écrivons aujourd'hui pour vous faire part de notre grande préoccupation et nous souhaitons porter à votre connaissance différents éléments qui pourraient vous permettre de prendre une position pouvant faire la différence.

En effet le Canada est depuis plusieurs mois en négociation d'un accord commercial bilatéral avec la Colombie, il a été signé en juin 2008 par le premier ministre alors que le rapport du comité parlementaire qui recommande de ne pas le signer n'avait pas encore été publié. Mr Harper a d'ailleurs visité son homologue colombien en 2007, le félicitant pour ses efforts en matière de respect des droits humains. Ce compliment semble avoir eu un effet désastreux. Les mesures mises en place par le gouvernement colombien n'ont jamais pleinement satisfait les recommandations de nombreux organismes des Nations Unis et de la cour interaméricaine de droits humains, mais depuis plusieurs mois, les organismes internationaux de défense des droits humains constatent une recrudescence des violations et de la complaisance de l'État colombien, lorsqu'il ne s'agit pas de complicité à cet égard, sans compter le contexte d'impunité dans lequel s'exerce le soi-disant processus de paix.

Dans les dernières semaines, la multiplication des cas est exponentielles ayant entraîné une déclaration de députés européens en date du 22 octobre 2008, dénonçant les plus récentes violations contre les communautés autochtones du Cauca et l'expulsion d'observateurs internationaux d'origine européenne. En effet http://www.amnesty.org/en/region/colombia] , le 2 octobre, la recherchiste allemande Christine Friederike Müller est arrêtée alors qu'elle accompagne un défenseur de droits humains dans la vallée du Cauca et est déportée. Le 6 octobre, une lettre de menaces signée "Aguilas Negras bloque Disidente AUC"1  : les paramilitaires y déclarent objectifs militaires toutes les organisations membres de la RedHer en les énumérant – y figurent une organisation canadienne, le Projet accompagnement solidarité Colombie. Le 13 octobre, trois journalistes français, Damien Fellous, Julien Dubois et Joris Prot sont arrêtés alors qu'ils réalisent un reportage sur la mobilisation des travailleurs de la canne dans la vallée du Cauca. Deux d'entre eux sont déportés le lendemain.


Le 18 octobre, le président colombien Alvaro Uribe a affirmé lors d'un discours public télévisé que les journalistes français auraient dû être incarcérés en sol colombien : «Ces messieurs de l'étranger devraient être en prison, nous n'aurions pas dû les déporter, nous aurions dû les déférer devant la justice et les jeter en prison car ils stimulent la violence.»2 Le gouvernement colombien tente par tous les moyens de discréditer le travail réalisé par les organisations de droits humains en Colombie. Monsieur Uribe s’est ainsi attaqué à José Miguel Vivanco, directeur du secteur Amérique de l’organisme Human Rights Watch, le traitant de « défenseur et complice de la FARC », dans un discours télévisé diffusé le dimanche 2 novembre sur le canal Uno.

Cette vague d'accusations et d'atteintes contre le travail d'accompagnement et d’observation international survient au moment critique où la présence des paramilitaires se réaffirme en puissance par la multiplication des assassinats extrajudiciaires, des disparitions et des lettres de menaces et que, dans plusieurs régions du pays, les exactions contre les témoins des crimes paramilitaires se multiplient au même rythme que les confrontations armées qui prennent pour cible des populations civiles.

La violence et la répression prennent place dans le contexte des négociations et de l’implantation d’accords de libre-échange entre la Colombie et le Canada, les Etats-Unis et d’autres pays. En tant que citoyens et citoyennes du Canada, il est troublant de constater que notre gouvernement s’engage et supporte un gouvernement dénoncé au niveau international et qui ne montre aucune volontés d’en finir avec les violations de droits humains.

Nous pressons donc le gouvernement canadien d’agir auprès du Président Uribe pour mettre un terme à la violence. Nous demandons également au gouvernement Harper de revoir sa position sur un accord de libre-échange avec le gouvernement colombien, à la lumière de la situation sociale qui prévaut en Colombie.

Nous espérons compter avec votre appui pour que le Canada prenne une position à la hauteur de son profil international en matière de droits humains.

En l’attente de suivi de votre part,

Cordialement

SIGNATURE

Notes

  1. AUC est l’acronyme pour « Autodéfenses unies de Colombie », une organisation de paramilitaires prétendument démobilisés. ]] est envoyée à la Red de Hermandad y Solidaridad con Colombia – RedHer [[La Red de Hermandad y Solidaridad Colombia, un réseau regroupant des organisations colombiennes de défense de droits et 35 organisations d'Europe et d'Amérique, dont un organisme canadien, qui réalisent un travail d'accompagnement international sur le terrain.
  2. Propos rapportés par le journal français Le Parisien, AFP, 19 octobre 2008

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