Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Les impacts sociaux et environnementaux de l’extractivisme

3 Marzo 2014

L’histoire de l’Amérique latine et du Canada a été de plusieurs façons marquée par l’extractivisme, notamment avec l’engouement des colons envers l’exploitation des ressources naturelles pour leur profit personnel, souvent aux dépends non seulement de la terre mais également de ses premiers habitants. Malgré l’indépendance formelle accordée aux pays d’Amérique latine au 19e siècle et la croissance des économies capitalistes modernes, les problèmes liés à la dépendance énergétique et aux activités extractives destinées à l’exportation persistent sur l’ensemble du continent sud-américain ainsi que sur une bonne partie du territoire canadien. L’extraction des ressources naturelles fait partie intégrante de l’histoire de bon nombre de communautés ; mais pour d’autres, c’est un phénomène entièrement nouveau qui apparaît lorsque les compagnies d’extraction étendent leurs activités vers des zones plus périphériques et non exploitées, à l’aide de nouvelles technologies et en raison d’une demande qui ne cesse de croître et qui entraine l’apparition de nouvelles méthodes d’extraction. Dans les deux cas, l'extraction des ressources (dans cet essai, les minéraux et les hydrocarbures) pose de sérieux risques pour l’environnement et affecte le tissu social des communautés affectées.


Les effets environnementaux de l’extraction minière

Les conséquences environnementales de l’extraction minière varient selon les techniques utilisées (mine à ciel ouvert, soutteraine, forage hydraulique) et le niveau de réglementation. Ce rapport résume les préoccupations environnementales les plus importantes ainsi que leurs impacts potentiels sur la santé de la population.

L’eau

- Pénurie d’eau : L’exploitation minière est une activité qui nécessite des quantités d’eau faramineuses. L’exploitation minière à ciel ouvert nécessite plusieurs centaines de litres d’eau par seconde afin de traiter le minerai extrait1. Ceci peut amener de sérieux conflits avec les fermiers locaux, surtout dans les régions qui connaissent un stress hydrique et où de larges quantités d’eau sont détournées afin d’alimenter les besoins de la mine2.

- Drainage minier acide : Une mine à ciel ouvert moderne nécessite l’évacuation de millions de tonnes de déchets de roche, souvent riches en sulfure3. Lors de l’exposition à l’eau et à l’oxygène, le sulfure présent dans cette roche est métabolisé par une variété de bactéries, ce qui accélère l’oxydation des métaux dans la roche et fait diminuer son pH4. Ce ruissèlement acide peut mener au lessivage des métaux lourds dans les réserves d’eau potable, mettant sérieusement en péril la santé des écosystèmes environnant et des communautés qui en dépendent5.

- Déchets : Le développement d’une mine à ciel ouvert entraine une gigantesque production de déchets sous forme de roche, d’eau contaminée et de produits chimiques utilisés pour traiter le minerai extrait. L’eau contaminée est souvent endiguée dans des bassins; néanmoins, les risques de ruissellement et de débordement sont toujours présents, particulièrement dans les régions à fortes précipitations6. Parmi les autres risques figurent la sédimentation des rivières due à l’érosion causée par les activités minières et les déversements de produits toxiques, tout particulièrement le cyanure7.

 

L’utilisation des terres

- Contamination des sols : Le ruissellement toxique résultant de l’activité minière jumelé à la contamination engendrée par les poussières poussées par le vent peut avoir de sérieuses conséquences sur la qualité des sols.8 De plus, l’érosion résultant de la construction de routes et la déforestation peuvent davantage réduire la superficie des terres arables disponibles pour les fermiers, ce qui affecte d’autant plus leurs moyens de subsistance traditionnels9 10.

- Empreinte géographique : L’exploitation minière à ciel ouvert engendre un usage intensif des sols; par exemple, l’empreinte d’une énorme mine telle que le projet Yanacocha de Newmont s’étend sur une superficie de 1554 km2 11.

Émissions

- Qualité de l’air : Les activités minières peuvent avoir des impacts considérables sur la qualité de l’air et génèrent d’immenses quantités de poussière, affectant le rendement des récoltes et augmentant la prévalence du smog, ce qui pose de sérieux risques de maladies respiratoires12. En effet, cette poussière présente souvent de hauts taux d’arsenic, de nickel, de plomb, de cobalt et de mercure, accroissant sa toxicité13.

- Gaz à effet de serre : L’activité minière contribue de manière considérable aux émissions de gaz à effet de serre. Une mine de cuivre de taille moyenne produit 1.9 mégatonnes de CO2 par année14.


Les effets environnementaux de l'exploitation du pétrole et du gaz : sables bitumineux et gaz de schiste

L’eau

Les impacts de l’extraction de gaz et de pétrole sur les réserves d’eau est similaire à ceux résultant de l’extraction minière : fuites des bassins de décantation, acidification des cours d’eau due aux émissions de nitrate et de sulfure, élévation du niveau des cours d’eau, ce qui affecte les écosystèmes locaux15 16. Le ruissellement toxique découlant de l’exploitation des sables bitumineux de l’Athabasca est particulièrement inquiétant, avec des ruissellements toxiques de l’ordre de plusieurs millions de litres par jour. Ils sont liés, selon de nombreux analystes, à l’augmentation des cas répertoriés de cancer chez les communautés vivant à proximité de Fort Chipewyan17. L’exploitation des gaz de schistes affecte également les bassins versants de la région : la fracturation hydraulique posent des risques de contamination des eaux soutteraines au méthane, de même que le traitement inapproprié des eaux usées18.
   
Gaz à effet de serre

La consommation d’hydrocarbures est de loin la plus grande source d’émission de gaz à effet de serre et la principale raison du changement climatique anthropique. Le processus d’extraction lui-même est la seconde source d’émission de gaz à effet de serre. Les sables bitumineux représentent présentement 5% du total des émissions de GES au Canada19. Cependant, on anticipe qu’ils représenteront 41 à 47% des nouvelles émissions20. Alors que les réserves traditionnelles de pétrole diminuent, l’exploitation des sables bitumineux et des gaz de schistes est appelée à augmenter21. Bien que certains prétendent qu’il s’agit d’une solution plus respectueuse de l’environnement (par exemple, le gaz naturel brûle plus proprement que le charbon), l’exploitation du gaz de schiste libère d’énormes quantités de GES, majoritairement sous forme de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2, bien qu’il demeure moins longtemps dans l'atmosphère22. Au total, l’exploitation du gaz de schiste produit 33 grammes de CO2, l’équivalent d’un mégajoule d’énergie, comparé à 24 grammes pour la production de charbon23.


Communautés extractives : villes d’entreprises, dépendance et fermetures

Dépendance économique

Traditionnellement, les projets d’extraction ont fourni des emplois relativement bien payés, ce qui représente un poids financier important, notamment dans des communautés qui doivent leur existence même à l’exploitation minière, tel que Val-d’Or. Néanmoins, l’absence d’une économie diversifiée dans la plupart des communautés fortement tributaires des industries extractives peut mener à de hauts taux de dépendance et à une pénurie d’alternatives viables24. Les ressources telles que les minéraux et le pétrole sont finies et leurs prix sont fixés par les marchés internationaux, échappant au contrôle des communautés locales, ce qui empêche un développement stable à long terme25. Lorsqu’une communauté se définit exclusivement par l’extraction des ressources, il devient difficile pour elle de résister à l’implantation de nouveaux projets, indépendamment de toute préoccupation environnementale. Par exemple, lors du débat sur le potentiel développement de la mine Osisko à Malartic, certains habitants de la ville ont soutenu que l’histoire minière de la région ne leur laissait pas d’autres alternatives que celle d’accepter le projet afin de permettre la survie de leur communauté26. Finalement, plusieurs nouvelles formes d’extraction minière, telle que l’exploitation de mine à ciel ouvert, exigent très peu de main d’œuvre et nécessitent souvent des qualifications qui manquent à de nombreux membres de la communauté, particulièrement dans l’hémisphère sud, ce qui réduit davantage les bénéfices économiques engendrés par la présence de la mine27.

Conflits sociaux

- Violence et santé publique : Depuis ses débuts, l’essor économique engendré par l’exploitation de ressources minières a été associé à plusieurs problèmes sociaux comme l’augmentation de la violence, du crime, de l’alcoolisme et de la toxicomanie, un schéma récurrent qui continue d’affecter bons nombre de communautés à l’heure actuelle28. En 2010, un rapport de la Société royale du Canada faisait état d’une panoplie d’effets négatifs des sables bitumineux sur la santé publique : pénurie de logements, hausse des niveaux d’alcoolisme, de toxicomanie, d’activités criminelles, services de santé publiques inadéquats29. La présence d’une main d’œuvre temporaire et principalement masculine a été associée à une hausse des taux de prostitution, de maladies transmises sexuellement et de la violence à l’égard des femmes30 31.

- Érosion de pratiques traditionnelles : Particulièrement dans les régions où habitent d’importantes communautés autochtones, l’arrivée d’une économie basée sur l’extractivisme affecte sérieusement les coutumes et les modes de vie traditionnels. Le géographe Jeffrey Bury parle par exemple de la mine Yanacocha, où les membres des communautés autochtones ont fait l’objet de pressions de la part de la compagnie minière pour qu’ils abandonnent leur régime de propriété collective traditionnel au profit de la propriété individuelle, permettant ainsi à ladite compagnie de racheter les lopins de terre les uns après les autres32. L’extraction de ressources peut aussi sérieusement perturber les écosystèmes desquels dépend la population33, et ainsi augmenter l’exode, brisant le tissu social.34

- « Fly in / Fly out » : Dans plusieurs régions du Canada, la présence d'une communauté près du site d'extraction est en train de devenir chose du passé, puisque les compagnies privilégient une main d’œuvre plus flexible et choisissent de faire venir des travailleurs provenant de l’étranger. Cette pratique a été critiquée puisqu’elle réduit les investissements au sein des communautés locales, diminue les retombées économiques dans la région et affecte négativement la création d’emplois durables, d’infrastructures et de programmes sociaux. Par exemple, en Australie, où la majorité des programmes « fly in / fly out » ont commencé, ces travailleurs sont maintenant connus sous le nom de « cancer de la brousse »35

Qui en bénéficie?

C’est l’ultime question de l’extractivisme. Selon les compagnies, tout le monde profite de ces projets qui créent des emplois pour les communautés locales en attirant des investissements étrangers et en contribuant au développement économique du pays dans son ensemble. Que penser de ces prétentions? Schuldt et Acosta soutiennent que la croissance économique qui découle de l’extractivisme contribue à l’appauvrissement de nos sociétés, alors que la majorité des économies tributaires des ressources extractives (avec l’exception notable des royaumes du Moyen-Orient) ne bénéficient pas d’un développement économique durable36. Au contraire, les gouvernements deviennent dépendants des revenus provenant de l’extractivisme, ce qui augmente les niveaux de corruption et la domination étrangère sur l’économie37. De plus, plusieurs nouvelles méthodes d’extraction telle que l’exploitation minière à ciel ouvert requièrent un faible taux de main d’œuvre et un haut niveau de spécialisation, ce qui restreint considérablement le nombre d’emplois disponibles pour les habitants des communautés locales38.

Ultimement, la présence de mines abandonnées et la destruction du territoire sont les impacts les plus marquants de l’extraction minière. Au Québec, on estime que depuis 1990, le gouvernement a dépensé plus de 40 millions de dollars dans la restauration de sites miniers abandonnés et on prévoit 264 millions de dollars de dépenses additionnelles dans les dix prochaines années39. Présentement, les compagnies minières doivent débourser 70% des frais de nettoyage et le gouvernement les 30% restant. Cependant, il existe peu d’obligation pour la compagnie si elle fait faillite ou si elle se trouve dans l’impossibilité de payer : le gouvernement québécois doit alors acquitter la facture.40

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Notes

1.  “Proyecto minero Cerro Casale.” INDH.

2.  Bebbington et Williams. “Water and Mining Conflicts in Peru.” Mountain Research and Development 28 (3/4).

3. Akcil aet Koldas. “Acid Mine Drainage (AMD): causes, treatment and case studies.” Journal of Cleaner Production 14.

4.  Ibid.

5.  Ibid.

6.  “Overview of Mining Impacts.” Guidebook for Evaluating Mining Project EIAs

7.  Ibid.

8.  Ibid.

9.  Ibid.

10.  Moran. “Mining Environmental Impacts-Integrating an Economic Persoective.” CIPMA.

11.  “Yanacocha Mine.” Infomine.com.

12.  Moran. “Mining Environmental Impacts-Integrating an Economic Persoective.” CIPMA.

13.  Ibid.

14.  Ibid.

15.  Martínez. “¿Cuánto debe Texaco a Ecuador” SERVINDI.

16.  Carter. “Regulating the Environmental Impacts of Alberta's Tar Sands.” Buffet Centre

17.  Ibid.

18.  “Safety First, Fracking Second.” Scientific American.

19.  Gosselin et al. “Environmental and Health Impacts of Canada's Oil Sands Industry.” The Royal Society of Canada.

20.  Carter. “Regulating the Environmental Impacts of Alberta's Tar Sands.” Buffet Centre.

21.  Klare. “The Third Carbon Age.” The Nation.

22.  Francoeur. “Le gaz de schiste serait aussi poullant que le charbon.” Le Devoir.

23.  Ibid.

24.  Schuldt et Acosta. “Petróleo, Rentismo y Subdesarrollo ¿una maldición sin solución?” Nueva Sociedad

25.  Ibid.

26.  Ibid.

27.  Moore. “Mitos y realidades de la minería transnacional.” DESLINDE.

28.  Ibid.

29.  Gosselin et al. “Environmental and Health Impacts of Canada's Oil Sands Industry.” The Royal Society of Canada.

30.  Moore. “Mitos y realidades de la minería transnacional.” DESLINDE.

31.  Karl,. “Oil-Led Development:Social, Political, and Economic Consequences.” CDDRL.

32.  Bury. “Mining mountains: neoliberalism, land tenure, livelihoods, and the new Peruvian mining industry in Cajamarca.” Environment and Planning.

33.  Martínez. “¿Cuánto debe Texaco a Ecudor” SERVINDI.

34.  Ibid.

35.  Ibid.

36.  Schuldt y Acosta. “Petróleo, Rentismo y Subdesarrollo ¿una maldición sin solución?” Nueva Sociedad.

37. Ibid.

38. Ibid.

39. “Pour que le Québec ait meilleure mine.” Ecojustice.

40.  Ibid.

 

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BIBLIOGRAPHIE

1. Akcil et Koldas. 2006. “Acid Mine Drainage (AMD): causes, treatment and case studies.” Journal of Cleaner Production 14.

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10. Martínez, Esperanza. 2004. “¿Cuánto debe Texaco a Ecuador” SERVINDI.

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12. Moran, Robert. 2000. “Mining Environmental Impacts-Integrating an Economic Persoective.” CIPMA.

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15. « Pour un développement responsable de nos ressources: Non aux «méga» mines á ciel ouvert. » 2009.  Audiences publiques du BAPE projet de mine d’or à ciel ouvert Canadian Malartic de la corporation minière Osisko.

16. Pour que le Québec ait meilleure mine. 2013. Ecojustice.

17. “Overview of Mining Impacts.” Guidebook for Evaluating Mining Project EIAs. 2010.

18. “Proyecto minero Cerro Casale.” INDH. 2012.

19. “Yanacocha Mine.” Infomine.com. January 2014. [En ligne] http://www.infomine.com/minesite/minesite.asp?site=yanacocha

20. “Safety First, Fracking Second.” Scientific American. November 2011. [En ligne] http://www.nature.com/scientificamerican/journal/v305/n5/full/scientificamerican1111-12.html

 

Traduction : PASC

Autor: 
Sean Phipps

Fuente: 

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