Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Campagne pour la dignité et la liberté de Diomedes Carvalajino

22 Junio 2009

L'histoire de Diomedes Meneses Carvajalino raconte un des cas de torture (documentés) les plus graves à l’encontre d’un dissident politique en Colombie. Croyant l'avoir achevée, les tortionnaires ont abandonné leur victime à la morgue le 25 mai 2002, mais Diomedes Meneses Carvajalino a survécu... pour raconter.

Diomedes est une jeune homme de 25 ans, actuellement détenu au pénitencier de haute sécurité Palo Gordo de Girón. Il y purge une peine de 22 ans pour un homicide qu'il n'a jamais commis.

Ce jeune combattant de l'Ejercito de Liberacion Nacional (ELN) a grandi auprès de la guérilla depuis ses 11 ans. Selon la version officielle, il est « capturé » à El Gramal  (région de Santander) dans le cadre d’une opération militaire. Dans les faits, il a été abattu d'une balle à la tête alors qu'il faisait ses emplettes, en tenue civile. Bien que mis hors combat, les militaires se sont acharnés sur lui au point de le laisser pour mort.

À l'âge de 19 ans, alors qu'il se trouvait en civil dans un village, les militaires l'ont mis hors combat avec un premier tir qui l'atteignit au front. Ensuite, il subit un interrogatoire sous la torture, encaissant un tir explosif qui lui détruisit le système digestif et une vertèbre, ce qui le laissa en chaise roulante depuis ce jour. Aux coups et insultes, s'ajoutèrent un tir de grenade à quelques mètres de lui, des coups de couteux dans les doigts, l'arrachage un à un de tous ses ongles de pied, puis l'extraction de son œil à la pointe d'un couteau par le caporal Salazar de la brigade 15 de l'armée nationale colombienne. Puis après lui avoir tranché la gorge, le laissant pour mort, il passa deux jour à la morgue et c'est sur la table d'autopsie, après l'avoir ouvert de 20 centimètres, que l'on constata qu'il était « en vie ».

Depuis 2002, Diomedes est prostré dans un fauteuil roulant et endure des douleurs inimaginables, séquelles des tortures qu'il a subies en mai 2002 aux mains de l'Armée colombienne. Même s'il n'a jamais perdu totalement la sensibilité de ses jambes, il n'a pas pu compter sur le support médical qui lui permettrait au moins d'explorer les possibilités d'améliorer sa situation. Jusqu'à aujourd'hui, l'impunité totale règne sur les traitements cruels, inhumains et dégradants auxquels il a été soumis, ainsi que sur la tentative d'homicide dont il a été victime, malgré le fait que les militaires qui ont participé à l'opération menant à sa capture aient été identifiés. Ce n'est qu'en mai 2007 qu'un procureur de la ville de Bucaramanga a été nommé pour mener l'enquête sur cette opération militaire; mais la cause n'a pas plus avancée, elle n'est encore qu'au stade préliminaire.

Nous avons rencontré Diomedes à la prison de Modelo, (ville de Bucaramanga, département de Santander) en 2007, et depuis nous lui rendons visite en compagnie du CSPP qui entend présenter son dossier devant la Cour interaméricaine de droits humains.

Nous exigeons: Que Diomedes Meneses Carvajalino reçoive un traitement médical adéquat et conforme aux traités internationaux concernant les populations privées de liberté; Qu’il reçoive une diète adéquate pour ses besoins nutritionnels, spécialement en calcium et minéraux; Que ses conditions de réclusion soient améliorées et qu'il reçoive un traitement juste et digne de la part de l'État colombien.

 


Téléchargez le pamphlet de la campagne (PDF, Français)

 

Écoutez son témoignage en espagnol  (audio, espagnol)

 

Vous pouvez téléchargez la transcription en français de cette entrevue ici (PDF, Français)

 

Écoutez l'ensemble des Baladodiffusions de la série RADIO PASC : La Colombie de l'intérieur (audio, Français)

 


 

Extraits traduits du témoignage de Diomedes Carvajalino 1

 

La tactique de cette opération militaire fût des plus simples : une quarantaine de militaires du Gaula ( groupe tactique de la Cinquième brigade de l'Armée nationale) débarqua dans le village d'El Gramal et La tactique de cette opération militaire fût des plus simples : une quarantaine de militaires du Gaula ( groupe tactique de la Cinquième brigade de l'Armée nationale) débarqua dans le village d'El Gramal et, aussitôt descendu des véhicules, se mit à tirer à l'aveuglette sans se soucier de la présence de civils. « Quand j'ai entendu les bruits de véhicules et les coups de feux, je me trouvais dans un magasin. Je suis sorti pour voir ce qu'il se passait et ils m'ont envoyé un coup de fusil qui m'a atteint au sourcil droit me faisant tombé sur le dos, hors de combat. Mais les membres de la GAULA ont oublié le traité international pour les combattants mis hors de combat, alors plusieurs soldats se sont approchés de moi et l'un d'entre eux m'a tiré dans l'abdomen (...) c'était un tir explosif parce que, quand il est entré dans mon corps, il a explosé et m'a détruit l'appareil digestif et l'intestin grêle, un éclat m'a également brisé une vertèbre de la colonne vertébrale, me laissant depuis dans une chaise roulante. (...) Comme on sait, les traités de l'ONU et les traités internationaux de droits humains interdisent les tirs explosifs et exigent le respect de la vie d'un combattant mis hors de combat (...), mais les soldats ont fait le contraire parce que, après ce deuxième tir, ils m'ont lancé une grenade (...) qui m'a projeté à deux mètres et a dû me faire sauter l'intérieur parce que je me suis mis à vomir du sang, ça me sortait aussi des pores, du nez, des oreilles ; mon corps compte toujours des éclats de cette grenade qui n'ont pas pu être enlevés. Ensuite, un nombre considérable de soldats s'est approché de moi et ils ont commencé à me donner des coups de pieds et des coups de crosse au point de me briser le fémur de la jambe droite. [ En me demandant où était le reste de la guérilla], un d'eux me frappa (...) au crâne, fissurant le derrière de ma tête. »


... aussitôt descendu des véhicules, il se mit à tirer à l'aveuglette sans se soucier de la présence de civils. « Quand j'ai entendu les bruits de véhicules et les coups de feux, je me trouvais dans un magasin. Je suis sorti pour voir ce qu'il se passait et ils m'ont envoyé un coup de fusil qui m'a atteint au sourcil droit me faisant tombé sur le dos, hors de combat. Mais les membres de la GAULA ont oublié le traité international pour les combattants mis hors de combat, alors plusieurs soldats se sont approchés de moi et l'un d'entre eux m'a tiré dans l'abdomen (...) c'était un tir explosif parce que, quand il est entré dans mon corps, il a explosé et m'a détruit l'appareil digestif et l'intestin grêle, un éclat m'a également brisé une vertèbre de la colonne vertébrale, me laissant depuis dans une chaise roulante. (...) Comme on sait, les traités de l'ONU et les traités internationaux de droits humains interdisent les tirs explosifs et exigent le respect de la vie d'un combattant mis hors de combat (...), mais les soldats ont fait le contraire parce que, après ce deuxième tir, ils m'ont lancé une grenade (...) qui m'a projeté à deux mètres et a dû me faire sauter l'intérieur parce que je me suis mis à vomir du sang, ça me sortait aussi des pores, du nez, des oreilles ; mon corps compte toujours des éclats de cette grenade qui n'ont pas pu être enlevés. Ensuite, un nombre considérable de soldats s'est approché de moi et ils ont commencé à me donner des coups de pieds et des coups de crosse au point de me briser le fémur de la jambe droite. [ En me demandant où était le reste de la guérilla], un d'eux me frappa (...) au crâne, fissurant le derrière de ma tête. »

La torture continua longtemps... Le caporal Salazar lui retira tous les ongles d'orteils un à un en l'interrogeant : « ...le caporal Salazar a alors éclaté de rire en voyant qu'il m'avait retiré tous les ongles d'orteils et il a approché son canif de mon œil droit en recommençant à m'interroger, me menaçant de le faire sortir si je ne parlais pas. (...) Je répondais la même chose (...) il n'a pas hésité à me sortir l'œil avec la pointe de son canif, j'ai seulement senti quand ma rétine est tombée et que le sang est sorti : j'ai perdu totalement la vision. (...) Après, [alors qu'] ils m'égorgeaient, comme j'avais déjà perdu beaucoup de sang et qu'ils m'avaient tellement frappé, je suis tombé inconscient, comme un mort. (...) Ensuite, ils m'ont amené à la Cinquième brigade et il m'ont jeté à terre pour prendre des photos pour la presse, puis il m'ont descendu à la morgue. Là-bas, les messieurs de la morgue ont procédé à l'autopsie sans même prendre mes signes vitaux, ils sont allés jusqu'à m'ouvrir le ventre pour se rendre compte que j'étais encore vivant.  Paraîtrait que les fonctionnaires de la morgue l'auraient dit aux soldats qui leur ont répondu d'attendre que je meure, mais un des messieurs a appelé au bureau des droits humains et ils m'ont amené à l'hôpital. »



Diomedes fût réanimé à l'hôpital par les chocs électriques. Il passa des mois aux soins intensifs, sous la vigilance des gardes de l'INPEC (Institut pénitencier de Colombie), où il reçut à deux reprises la visite de membres du GAULA qui tentèrent de l'assassiner. De là, il fût transféré au pénitencier La Modelo de Bucaramanga, où il purge une sentence de 22 ans pour rébellion et tentative d'homicide. À ce jour, il n’existe aucune enquête pour identifier les auteurs de la torture réalisée contre Diomedes. Son état actuel est fragile et les ressources en milieu carcéral sont insuffisantes pour garantir la stabilité de son état de santé.

1 Les citations sont tirées de la dénonciation pénale présentée au Fiscal général de la nation en juin 2007 par Diomedes contre les membres du GAULA de la Cinquième brigade de l'Armée nationale pour torture et tentative d'homicide, ainsi que contre les fonctionnaires publics qui ont, soit par leur actes ou par omission, permis ces actes de torture, tenté postérieurement d'occulter les preuves ou omis d'ouvrir les enquêtes adéquates. Il est à noter que tous les actes de torture relatés par la victime ont été corroborés par le rapport du médecin légiste.

Autor: 
PASC

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