Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Le narcotrafic : une arme de l’empire. Note de lecture sur le livre de Marcelo Colussi

28 August 2011

Observant l’ampleur énorme du trafic de drogues illicites, il affirme que le circuit commercial brasse 800 milliards de dollars annuels, plus que la vente de pétrole mais moins que celle des armes, qui reste le marché le plus lucratif au niveau mondial. L’hypothèse principale de Colussi consiste à exposer que le pouvoir hégémonique mené par les USA a trouvé dans ce nouveau champ de bataille un terrain fertile pour prolonger et adapter sa stratégie de contrôle universel. “Comme il l’a trouvé aussi dans le soi-disant ‘terrorisme’, nouvelle ‘plaie biblique’ qui a rendu possible la nouvelle stratégie impériale de domination militaire unipolaire avec ses initiatives de guerres préventives”.

Il affirme que les mêmes facteurs de pouvoir qui animent l’appareil social du capitalisme mondial ont créé l’offre de stupéfiants, ont généré la demande, et “sur la base de ce circuit ont tissé le mythe de mafias maléfiques superpuissantes opposées à l’humanité, cause des angoisses et de l’anxiété des citoyens honnêtes, motif pour lequel est justifiée une intervention militaro-policière à l’échelle planétaire.

 
 
 

Violence au Mexique, par Rafael Carrasco, Equateur

 

Suivant la méthode des questions-réponses, l’auteur pose une question clé : à qui profite le trafic de drogues illégales ? Il répond à cela que pour les grandes majorités il n’y a aucun bénéfice : le drogué dépendant entre dans un enfer dans lequel pas plus de 10% de ceux qui s’y engagent ne parviennent à s’en sortir ; leurs familles portent une charge écrasante, car l’addiction empoisonne toute cohabitation ; les agriculteurs qui cultivent la matière première dans les pays du sud n’obtiennent qu’un pour cent des bénéfices totaux du commerce ; parmi les peuples indigènes le paiement en espèces, la répression et la culture criminelle cassent les structures d’autogouvernement communautaires ; l’économie paysanne d’autoconsommation est remplacée par une marchandisation ; la culture de l’argent facile lié à la criminalité concorde avec une déchirure profonde de tout le tissu social, provoquant un processus de décomposition et de guerre ; tout le réseau des tueurs à gages et de la commercialisation, que ce soit la mule, le dealer ou le parrain, a une histoire de vies brèves et de fortunes éphémères (pour une minorité), dans lesquelles la mort ou la prison sont toujours au coin de la rue. Ce n’est pas une économie soutenable. C’est une histoire sordide de souffrance et de douleur. Ce qui nous reste, à nous autres Latino-américains, c’est la la crise, la guerre civile, les morts, les sociétés déchirées et seulement quelques dollars brassés par les mafias locales.
 

 

Ces mafias-affirme Colussi-sans les dédouaner de leur part de responsabilité, ne sont qu’une petite partie de toute la chaîne. Les mafieux sont des commerçants qui font leur travail, point barre ; ils gagnent de l’argent, beaucoup d’argent sans doute, mais n’ont pas le pouvoir de décision sur les termes macro de l’affaire...Ceux qui font beaucoup d’argent, en définitive, sont les banquiers. “Cette masse énorme d’argent que procure le commerce - qui, de fait, se traduit en pouvoir, beaucoup de pouvoir politique et social-touche aussi d’autres sphères d’action : cet argent est “lavé” et entre dans des circuits acceptés... Il n’y a rien de nouveau dans le fait qu’il existe toute une économie “propre”, produit des opérations de blanchiment des capitaux du narcotrafic. Et ce sont des banques “propres” et honorables qui procèdent à ces opérations, les mêmes qui manipulent le capital financier transnational qui aujourd’hui contrôle l’économie mondiale et dont le Sud pauvre et dépendant est débiteur d’une dette extérieure astronomique”.

 
 

 

Carte de visite : Le Mexique, le meilleur lieu où investir, par JAMEScartoons, Mexique

 

Mais en plus d’être un énorme business, le trafic de drogues illégales a une autre signification : il est utilisé comme mécanisme de contrôle des sociétés. C’est un dispositif qui permet une supervision de la collectivité par  la classe dominante. Il sert à contrôler la société dans son ensemble, il la militarise, constitue l’excuse idéale pour que le pouvoir puisse montrer les dents. Une population effrayée est beaucoup plus maniable.

 

Pour sa part, l’impérialisme usaméricain vient à appliquer de manière soutenue un supposé combat au commerce des drogues illicites, dont l’objectif réel est de permettre aux USA d’intervenir où ils le désirent, où ils ont des intérêts et où ceux-ci se trouvent affectés. Il est hors de propos pour eux d’en finir avec la consommation. Là où il y a des ressources qu’ils ont besoin d’exploiter - pétrole, gaz, minéraux stratégiques, eau douce, etc. - et/ou des foyers de résistance populaire, apparaît le démon du narcotrafic. Celui-ci est une politique inhérente à ses plans de contrôle global. Grâce à lui, le gouvernement des USA compte sur une arme de domination politico-militaire. En réalité, le prétendu combat contre le narcotrafic est le montage d’une sanglante œuvre de théâtre. C’est un combat frontal contre le camp populaire organisé, dans lequel en Colombie, et maintenant au Mexique, par exemple, les oligarchies et leurs gouvernements se sont soumis docilement aux stratégies des USA, étant la plate-forme pour la contre-insurrection, la criminalisation des résistances, la militarisation et la paramilitarisation de nos pays. La consommation induite de drogues est l’épine dorsale du maintien du système capitaliste, tout comme l’est la guerre, ce qui amène l’auteur à conclure avec Rosa Luxemburg : “socialisme ou barbarie”.

 

Narcoart, par Roberto Bobrow, Argentine

 

Foto: Narcoart, par Roberto Bobrow, Argentine

 

Source original en espagol: La Jornada/La Pluma, 19 de agosto de 2011

Source: Le Grand Soir /Tlaxcala, 27 de agosto de 2011

Author: 
Gilberto López y Rivas

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